La grande guerre en février 1915

Lundi 1er février 1915

Combat d'artillerie sur tout le front : notre artillerie prend l'avantage. A la Bassée, l'armée britannique ressaisit toutes les tranchées qu'elle avait momentanément perdues. Les Allemands canonnent Fouqueviers près d'Arras. Nous dispersons plusieurs rassemblements, d'Arras à Perthes. En Argonne, trois attaques ennemies sont repoussées près de Fontaine-Madame. Aucun changement de l'Argonne aux Vosges.
Le bulletin russe signale une heureuse progression au sud-ouest de la passe de Doukla dans les Carpathes : trois lignes de tranchées allemandes ont été enlevées; 2500 prisonniers ont été faits. En mer Noire, la flotte russe a donné la chasse aux croiseurs turcs Medjidieh et Breslau. Un torpilleur russe a opéré un raid audacieux contre Trébizonde.
Les sous-marins allemands ont torpillé les vapeurs anglais Toko-Maru et Icaria, près du cap d'Antifer (côte de la Seine-Inférieure), et les vapeurs anglais Linda-Blanche et Ben-Cruackan, dans la mer d'Irlande.
Il se confirme que le prince de Bulow a essayé de séduire certains hommes politiques italiens en leur laissant entendre que la Péninsule pourrait, sans coup férir, s'enrichir de Trente et de Trieste.
La Grèce est prête à prendre les armes pour secourir la Serbie, si ce dernier pays voit encore s'aggraver le péril qui pèse sur lui.
Une brochure, sinon officielle, du moins officieuse du gouvernement de Bucarest, atteste que la Roumanie revendique près de la moitié du territoire et le tiers de la population de la Hongrie.
La Triple Entente a exposé son point de vue au gouvernement américain au sujet du projet qui prévoit l'acquisition, par les Etats-Unis, de bâtiments de commerce allemands. Ce point de vue est contraire aux principes du projet.
Ils ne reviendront pas...
  • COLOMBANI Denis Paul Jules Claude au 1er régiment de marche du 1er régiment étranger  (MPF)
  • VACHON Louis Charles Emile du 22e BCA (MPF)
     
  • ?Mardi 2 février 1915

    Combat d'artillerie très vif dans le Nord. Nous brisons, par des feux combinés d'artillerie et d'infanterie, une attaque allemande, près d'Ypres. Nos canons détruisent des ouvrages ennemis sur tout le front de l'Aisne. Près de la Bassée, nous infligeons de fortes pertes à nos adversaires que nous contraignons à la retraite. En Argonne, ils déploient, mais sans résultat, une grande activité dans la région de Fontaine-Madame et dans le bois de la Grurie. La neige qui tombe en Alsace arrête les opérations.
    M.Lloyd George, le chancelier de l'Echiquier, est venu à Paris pour rencontrer avec MM. Bark et Ribot. Les trois ministres des Finances de la Triple Entente vont examiner les intérêts financiers communs.
    Les Turcs, avant d'évacuer Tauris, ont pillé la ville et les sanctuaires des environs.
    La consommation du pain est désormais limitée à Berlin par décision du bourgmestre de la ville.
    Un nouveau vapeur anglais a été coulé en mer d'Irlande par un sous-marin allemand.
    On apprend qne le baron Burian, au cours de ses entretiens avec Guillaume II et le chancelier allemand, avait soulevé la question de la paix. Il s'est résigné à la guerre à outrance sur la promesse qui lui a été faite qu'un million d'Allemands seraient envoyés au secours de la Hongrie.
    M. Giolitti dément les intrigues qui lui ont été prêtées et qu'il aurait nouées avec le prince de Bulow.
    L'invasion de la Serbie semble improbable - du moins pour le moment - les crues des rivières arrêtant l'armée austro-hongroise.

    Mercredi 3 février 1915


    Redoublement de la lutte d'artillerie; attaques d'infanterie allemandes repoussées sur toute la ligne avec des pertes sérieuses. C'est le cas, par exemple à Guinchy, où les troupes anglaises ont non seulement rejeté un assaut, mais progressé entre Arras et la Bassée. Nous avons bombardé avec beaucoup d'efficacité la gare de Noyon, où avaient lieu des opérations de ravitaillement de l'ennemi.
    A Saint-Paul, aux portes de Soissons, nous sommes demeurés à nouveau maîtres de la situation, après un vif combat. Progrès de nos troupes à Perthes-les-Hurlus: échec allemand en Argonne (près de Bagatelle) ; autre échec allemand en Woëvre (près de Troyon); avance française en Haute-Alsace, près de Burnhaupt-le-Bas.
    Les Russes cheminent à leurs deux ailes en Prusse orientale et en Galicie, mais les combats les plus sanglants ont lieu en Pologne; les Allemands ont perdu plus de 6000 tués à Borgimoff où ils ont livré plusieurs assauts en masses serrées.
    Le gouvernement allemand réquisitionne les métaux; la bière renchérit; le rationnement du pain inquiète les esprits outre-Rhin.
    La Roumanie a demandé des explications au ministre d'Autriche, le comte Czernin, sur les concentrations de troupes qui ont opérées à sa frontière.
    Le gouvernement italien déclare qu'il n'a pas songé à obtenir le Trentin par une négociation poursuivie durant la guerre.
    Le gouvernement russe décide de traiter en criminels de droit commun les aviateurs allemands qui lancent des bombes sur les villes ouvertes.
    Ils ne reviendront pas...
  • AILLOUD PERRAUD Gustave Ferdinand du 54e RAC (MPF)
  • BALME Auguste Séraphin au 13e BCA (MPF)
  • BILLON GREBILLON Jean au 105e RIT (MPF)
    CAILLAT André du 146e RI (MPF)
  • HELLY Marie Joseph Eugène du 112e RIT (MPF)
  • MARGUET Gustave Marius Joseph du 1er RAM (MPF)
  • TARDY Marius du 75e RI (MPF)
     
  • Le 8 février 1915

  • FRETON Joseph Claude au 36 RIC (MPF)
  • du 13 au 18 février 1915 : les combats au Signal de Xon

     
    La hauteur du signal de Xon forme sur notreligne, au nord de Pont-à-Mousson, un saillant.  Nous avions organisé cette position avancée, qui protège indirectement la ville de Pont-à-Mousson et domine les vallées de la Moselle et de la Seille. A l'est de la hauteur, le hameau de Norroy  (qu'il ne faut pas confondre avec le village de Norroy, sur la rive gauche de la Moselle) n'était occupé que par un petit poste.
    Dans l'après-midi du 13 février, les Allemands, par une attaque brusquée, se rendirent maîtres du signal de Xon et du hameau de Norroy. L'attaque avait été exécutée par des forces importantes, environ deux bataillons, et préparée par un bombardement intense d'obus de gros calibre. La compagnie qui tenait le signal fut assaillie par des troupes d'assaut ennemies lorsqu'elle sortait des abris où elle avait cherché une protection contre l'artillerie. Elle fut submergée. Un des officiers réussit cependant à en ramener une partie dans nos lignes.
    Le soir même, par une contre-attaque, nous reprenions pied sur la hauteur, dans sa partie Sud.
    Dans la journée du 14, l'action se poursuivit, et, à la fin de l'après-midi, l'ennemi ne tenait plus sur les pentes Nord que quelques éléments de tranchées. Il réussissait, par contre, à se maintenir sur les pentes Ouest et Est, où il creusait des tranchées. Il tenait toujours le hameau de Norroy.
    Le 16 février, l'attaque est reprise par nous. Notre artillerie bouleverse les défenses que l'ennemi a organisées à la lisière de Norroy.
    Deux compagnies du 277e s'élancent dès que le canon s'est tu. Un combat acharné s'engage dans les rues, de maison en maison.
    Pendant que se déroule cette lutte confuse, l'artillerie lourde allemande bombarde le hameau, dont elle atteint à la fois les assaillants et les défenseurs. Les soldats du 277e, sous la conduite de chefs énergiques, combattent opiniâtrement et font preuve du plus beau courage.
    En fin de journée, le hameau n'est pas encore à nous. Nous tenons seulement les tranchées qui s'étendent à l'est des maisons jusqu'au cimetière.
    Le même jour, sur les pentes ouest du signal de Xon, une contre-attaque ennemie était repoussée par nos feux d'artillerie et d'infanterie.
     
    Le 18 février, les Allemands étaient définitivement chassés de toute la hauteur du signal de Xon et de Norroy. Quoi qu'en ait dit le communiqué du grand état-major allemand, l'ennemi n'a pas évacué Norroy de son plein gré. Pendant plus d'une heure, une lutte très chaude s'est livrée dans le hameau, où nous sommes entrés baïonnette au canon. Les Allemands, très éprouvés, ne purent tenir ni à Norroy ni sur les pentes du signal.
    Les cadavres très nombreux trouvés sur le terrain appartiennent à cinq unités différentes (landwehr, pionniers, sections de mitrailleuses). Par l'importance des effectifs engagés, par la concentration de leurs feux, les Allemands ont révélé le prix qu'ils attachaient à ce point avancé de notre ligne. Malgré tous les moyens mis en cours, leur entreprise s'est finalement résolue par un échec complet.

    Communiqué officiel français, 23 févr. 1915.
     
     



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