Les poilus de l'Isère en juillet 1917 à l'arrière comme au front

JUIN 1917 - AOUT 1917
 
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Jeudi 12 juillet

Violent bombardement en différents secteurs du front de l'Aisne.
Des tentatives locales sur nos tranchées au nord du moulin de Laffaux et au sud-est d'Ailles, ont échoué sous nos feux.
Plus à l'est, l'ennemi a déclenché une forte attaque sur nos positions du monument d'Hurtebise et du Dragon. Les vagues ennemies n'ont pu aborder nos lignes et se sont dispersées, fortement éprouvées.
Des coups de main sur nos postes avancés au sud-est de Corbeny, aux environs de Courcy, dans le secteur d'Auberive et vers le bois des Caurières, ont valu des pertes aux assaillants sans aucun résultat. L'ennemi a laissé entre nos mains un certain nombre de prisonniers.
Les Belges ont repoussé une attaque allemande dans le secteur de Saint-Georges. Lutte très vive de Nieuport à Dixmude.
Les Anglais ont progressé à l'est de Oosttaverne. Ils ont exécuté avec succès un coup de main au sud du canal Ypres-Comines.
Les Italiens ont brisé une offensive autrichienne sur le Vodice, et d'autres tentatives dans le Haut-Cordevole et sur le piccolo Laganyoi.
Sur le front russe, les troupes du général Kornilof ont poursuivi leur avance à l'ouest de Stanislau. De violents combats ont eu lieu dans la région de Halicz où l'ennemi a été défait. Quatre villages ont été enlevés par nos alliés qui ont capturé 1000 hommes et 3 canons. L'avance est de 10 kilomètres en profondeur.

Vendredi 13 juillet

Lutte d'artillerie assez vive au nord de Jouy.
Dans la région de Sapigneul et en Champagne, nous avons repoussé deux attaques en faisant des prisonniers.
Canonnade sur la rive gauche de la Meuse aux abords de la cote 304.
En Woëvre, nous brisons une offensive allemande accomplie en force.
Les Anglais ont subi une vigoureuse attaque sur leurs positions du front de Nieuport. La violence des tirs convergents de l'artillerie allemande a réussi à détruire entièrement les organisations défensives du secteur des Dunes, près de la côte. Sur ce point, l'ennemi a pénétré dans les tranchées britanniques sur un front de 1300 mètres et une profondeur de 600, en sorte, qu'il a pu atteindre la rive droite de l'Yser, près de la mer.
Plus au sud, il a été mis en échec près de Lombaertzyde.
Les Allemands ont continué à bombarder Furnes sur le front belge.
Violente activité d'artillerie autrichienne dans le Trentin. L'artillerie italienne a riposté avec énergie. Echec des Germano-Bulgares à l'ouest de Monastir.
Les aviateurs britanniques, après avoir repéré le Goeben devant Constantinople, l'ont attaqué et atteint à coups de bombes. Ils ont aussi bombardé le ministère turc de la Guerre.
Les Russes ont occupé Halicz, rejetant les Autrichiens sur la rive gauche du Dniester. Ils ont pris encore trois villages, capturé 2000 hommes et 30 canons. Leur butin, en trois jours, monte à 10000 hommes et 80 canons.
  • BADIN Louis Joseph 

La permission du 14 juillet

Samedi 14 juillet

  • ARNOL Gustave Aristide Félicien 




 
Lutte assez vive en Champagne et sur le front de l'Aisne dans le secteur du moulin de Laffaux. Des attaques ennemies au sud de Juvincourt ont été aisément repoussées.
Sur les deux rives de la Meuse, dans le secteur de la cote 304 et au nord de l'ouvrage d'Hardaumont, après un violent bombardement, les Allemands ont tenté plusieurs coups de main dont aucun n'a réussi.
Sur le front britannique, le feu de l'artillerie allemande, qui avait atteint une extrême intensité près de Nieuport, est en décroissance. L'artillerie anglaise continue à montrer de l'activité. A la suite d'une attaque ennemie exécutée sur un front de 800 mètres environ, plusieurs postes avancés anglais à l'est de Monchy-le-Preux ont dû rétrograder légèrement.
Echec d'une tentative allemande au nord-ouest de Lens. Echec d'un autre raid allemand près de Lombaertzyde. Combat sur le front belge vers la route de Dixmude à Woumer. Les Allemands ont subi des pertes sérieuses.
Les Italiens ont infligé un échec aux Autrichiens, dans la vallée de Travignolo, à la deuxième cime du Colbricone.
En Macédoine, l'aviation britannique a bombardé la station de Dangista, à 20 kilomètres à l'est de Sérès.
Combats de patrouilles et canonnades sur le front du Vardar.
L'offensive russe a continué sur le Dniester et la Lomnitza. Après un combat acharné et sanglant, l'ennemi a été chassé de la ville de Kalusz.
 

Résistance victorieuse des troupes françaises.
Leur incomparable " 14 JUILLET 1917 ".

Sur le front français, de Verdun à Soissons, l'ennemi avait continué ses manoeuvres diverses.
Le 3 juillet, il attaqua furieusement depuis le fort de la Malmaison jusqu'à Craonne. Malgré les efforts furieux de ses troupes de choc, il ne gagna pas un pouce de terrain.
Le 4 juillet, il attaqua avec la même violence, les mêmes sacrifices et le même insuccès, à la cote 304, sur la rive gauche de la Meuse, au nord de Verdun.
Le 8, il parut d'abord remporter un avantage dans le secteur du moulin de Lafiaux et de la ferme de Froidmont. Mais bientôt, il dut abandonner notre première ligne où il avait pénétré.
Au même moment, nous réalisions de notables progrès, en des opérations bien conduites vers le Mort-Homme et la cote 304.
Nos soldats, aussi bien dans leur résistance que dans leur avance, faisaient preuve de qualités militaires plus profondes que jamais.
Ainsi cette armée que l'ennemi prétendait gangrenée par 1'indiscipline et qui, pendant quelques jours, avait paru douter d'elle-même, montrait qu'elle méritait toujours pleinement l'admiration sans limite que lui vouait l'univers.
Pour elle, l'année 1917, qui avait compté quelques jours sombres, eut une fête du 14 juillet, dont la pure et austère splendeur ne sera jamais dépassée.
Le monde entier, qui observait cette fête sans précédent, disait : « La France va montrer à Paris les meilleurs soldats des meilleures armées qui aient jamais combattu sous le ciel ! Jamais le monde n'oubliera que la France, par sa vaillance seule, a battu l'Allemagne qu'il croyait invincible. »
Paris vit alors, pour la première fois, passer les soldats du Grand Couronné de Nancy, de la Marne, de l'Yser, de Verdun, de la Somme, de l'Aisne, c'est-à-dire ceux qui avaient sauvé la France et qui sauvaient l'humanité.
C'était aussi pour montrer au général Pershing, commandant des forces américaines, le cœur héroïque de la France, que Foch, chef d'état-major général, avait préparé cette fête incomparable. L'Allemagne ne représentait-elle pas alors la France comme « avide d'une paix à tout prix » !
Nos soldats défilèrent. Ils avaient tous si bonne et si belle mine! Trente hommes par régiment: l'embarras du choix ! Gloire à ces hommes si corrects pour la revue, après avoir été sublimes dans la poussière et la boue des batailles !
Des canons passaient, habillés à neuf, comme les hommes. Leur peinture bleue respirait une sorte d'innocente fraîcheur. D'ailleurs, presque tous étaient hors d'usage. Sur les 75, on lisait en lettres blanches: « Ne pas tirer ». Ils restaient parfaits pour l'exercice, mais leur tube s'était usé à la bataille. Double raison pour qu'ils prissent part à la Revue de gloire ! Quant aux autres canons qui pouvaient tirer, ils restaient à leur poste de combat.
Sur la place de la Nation et dans les avenues voisines, les toits les plus élevés comme les plus modestes, arboraient d'épaisses grappes de spectateurs. Les moindres balcons des appartements inoccupés avaient été pris d'assaut.

Dans la tribune présidentielle, le généralissime Pershing, vêtu de l'uniforme kaki, coiffé de la large casquette de même couleur, moustache blanche et regard jeune, entra le premier.

Ce qui venait à nous avec Pershing, ce que Pershing remettait à Foch, Paris se le représentait de tout son cœur : c'était l'appui d'un peuple aussi nombreux que le peuple de la France et le peuple de la Grande-Bretagne réunis; d'un peuple possédant un tiers de la richesse en or du monde entier; d'un peuple disposant d'une industrie hors de pair, entraîné à tous les hardis efforts et amoureux du danger ; d'un peuple sachant à (ond ce qu'exigeait la victoire du Droit, puisque, depuis le commencement de cette guerre, il avait étudié de près tout ce que faisait l'Allemagne
sur tous les terrains; d'un peuple résolu à combattre l'Allemagne jusqu'à la victoire définitive.

De l'autre côté de l'Atlantique, une voix imprévue nous arrivait qui célébrait avec nous la fête de la délivrance humaine. Le président Wilson s'écriait :
 
« La leçon delà Bastille n'est pas perdue. Puisse le jour être proche où, sur les ruines de la sombre citadelle du pouvoir sans rein et de l'autocratie sans conscience, s'élèvera une construction édifiée, comme votre République, sur les éternels fondements du droit et de la paix, pour apporter la joie à un monde affranchi ! »

Pendant que nous parvenaient ces paroles, le Chant du Départ, entonné sur le passage des troupes par les musiques militaires, rappelait aux Français ces vers que le président Wilson savait bien :
"Les Français donneront au monde
La paix avec la liberté !"

 
Près du général Pershing se plaça le maréchal Joffre, choisi par l'armée américaine pour parrain.
La foule se disait :
— Quels sont les généraux que le Président a dans sa voiture ?
— Le général Duparge, secrétaire général de l'Elysée, et le général Foch.
— Foch de la Marne ! Foch de l'Yser !
— Au moment le plus angoissant de la bataille de la Marne, il a dit : « Tout va bien ». Maintenant, il peut dire: « Tout va de mieux en mieux » L'Amérique le connaît. Regardez comment Pershing salue Foch. On dirait qu'il retrouve un frère aîné.

Les propos de la foule parisienne ont une netteté d'eau-forte. La pointe aiguë d'un Callot se plairait à les recueillir pour les jeter, en légendes, au bas de ses dessins.

Devant le général Pershing, le chef d'état-major général de l'armée française faisait défiler, avec, leurs 134 drapeaux, 8000 hommes représentant 18 régiments d'infanterie, 13 régiments d'infanterie coloniale, 16 régiments de troupes d'Afrique, 3 bataillons sénégalais, 35 bataillons de chasseurs à pied, un bataillon de fusiliers marins, 5 régiments de cavalerie, 47 compagnies du génie, 1 1 régiments d'artillerie, 24 batteries, 31 escadrilles d'aviation, un groupe de bombardiers.

— Ah ! les avions.
Nos yeux n'apercevaient que les appareils volant à moins de 1 500 mètres. Ceux qui volaient à 2000 mètres demeuraient invisibles dans les nues. Mais nos coeurs les y devinaient.
La foule observait les avions planant au-dessus d'elle, à perte de vue.

— Ils s'assemblent comme des hirondelles, mais ce n'est pas pour émigrer.

Bientôt, leurs escadrilles seront renforcées par les appareils que l'Amérique nous prépare. L'Amérique et l'Angleterre nous en donneront tant qu'il faudra pour nous assurer la maîtrise des airs.

— Ce doit être de cela que parlent Foch et Pershing. Ils ont levé les yeux au ciel.

— Ces cent cinquante avions qui planent au-dessus de nous, montent la garde en
même temps qu'ils passent la revue. Une escadrille allemande ne pourrait-elle pas
avoir l'idée de troubler la journée par quelques pétards meurtriers ! Les Allemands
aiment se mêler à nos fêtes. Pendant la guerre de 1870, ils ont commencé le bombardement
de Strasbourg un ib août, et c'est un 14 juillet qu'ils ont envoyé audessus
de Strasbourg, leur premier dirigeable.
— Cela n'a pas porté bonheur aux mastodontes aériens de Guillaume II.
Tout a. coup, un de nos légers biplans de chasse descendit presque a la hauteur
des toits. Dans son bourdonnement,
il apparut comme un Irelon au corselet
argenté. Un autre biplan s'avança,
phare allumé. Cette étoile en un
ciel matinal semblait diriger la
marche des aviateurs qui, sur le sol,
défilaient drapeau en tête.
Tète nue sous une petite pluie
piquante, le Président de la République
décora le drapeau de la Légion
étrangère :
« Au nom du peuple français et
en vertu des pouvoirs qui me sont
conférés, Drapeau, je te décore de la
fourragère aux couleurs de la médaille
militaire. »
A la hampe du drapeau qui s'inclinait,
le Président de la République
attacha la fourragère; puis,
jusqu'à deux fois, il baisa l'étoffe
aux couleurs de France. Pour pleurer,
la foule n'avait pas attendu ce
geste passionné et pieux. Elle pleurait
déjà aux mots si simples et si
beaux : « Drapeau, je te décore ».
Le regard du Président de la
République chercha le regard du chef
d'état-major général, puis décora le
drapeau du i52% comme il avait
décoré celui de la Légion. De toutes parts s'agitaient les chapeaux des hommes,
se déployaient les mouchoirs des femmes, s'éparpillaient les fleurs. Les enfants, nos
chers enfants de France, printemps au grand coeur, examinaient tout de ce regard
intense et fixe qui a la valeur d'un serment.
Un frémissement d'extase passa dans la foule immense. La masse des drapeaux
approchait.
En cette armée où tout était flambant neut, les drapeaux seuls étaient usés,
élimés, déchirés. Ce sont, eux aussi, des mutilés de la guerre, à qui la mutilation
piêteune splendeur et une puissance surnaturelles. Celui-ci est tout noirci par la
iumée des batailles. Tel autre est troué, effiloché. Tel autre n'a plus de rouge. Tel
autre ne conserve à sa hampe qu'un haillon bleu. Tel autre est ajouré comme une
dentelle héroïque. Tel autre est devenu presque transparent. Tel autre a dû être doublé d'une résille protectrice. Tel autre est marqué de taches sombres. Du sang !
Seul, le sang vivant est rouge ; en séchant, il ajoute aux trois couleurs une quatrième
couleur encore plus sacrée. Cet autre est décoloré, rongé par les gaz asphyxiants.
Les yeux en larmes contemplaient, sur la soie, la trace visible de ces gaz qui, en
une minute, rendaient noirs comme le sang séché les poumons de nos pauvres soldats
!
Au passage de ces drapeaux, la foule, soulevée par la foi, cherchait un geste
qui eût encore plus de signification que les mouchoirs déployés ou les chapeaux
agités. Quel geste? Alors, les mères qui portaient des enfants dans leurs bras
eurent une idée sublime: vers le drapeau, emblème sacré pour lequel les pères se
battaient, elles tendirent leurs enfants, comme un soldat présente les armes.
Le général Foch tressaillit. Penché en avant, il communiait avec les héros
qui sont morts sous les plis de ces drapeaux, et dont il connaît les tombes. Son fils
en est.
Voici l'Ecole de Saint-Cyr et l'École polytechnique.
Les Saint-Cyriens, si jeunes qu'ils soient, sont déjà de vieux soldats et, parmi
les glorieux vétérans, peuvent passer inaperçus. Pas de meilleur éloge pour eux.
Quant aux Polytechniciens, ils ne semblent encore que de jeunes savants. Ils
défilent d'un pas un peu inégal qu'explique l'extraordinaire inégalité de leurs tailles.
Mais quoi! ces jeunes savants à lorgnon que l'étude acharnée a rendus maigres et
pâles, deviennent vite des soldats dignes de Foch. Ainsi le veut la tradition de leui
École.
Voici les pompiers. Ils ont gardé leur casque étincelant.
Voilà les zouaves. Ils ont repris pour un jour leur chéchia de pourpre.
En voyant les tusiliers marins, héros de Dixmude, la foule cria : « Vivent les
pompons rouges ! »
En voyant les brancardiers, la foule cria : « Ah! ceux-là, quel terrible métier
ils ont !... »
— Bravo, les Marocains ! » Parmi ces indigènes, combien de figures étrangement
énergiques et ravagées, qu'on eût dit taillées dans de la lave: faces à large barbe
d'apôtres guerriers, faces sombres et puissantes de nègres fiers de se soumettre à
l'esclavage volontaire du devoir.
Les chasseurs à pied avaient obtenu la faveur de défiler, coiffés de leur béret.
Foch avait-il quelque chose à leur refuser? Leur casque était attaché à leur sac, ce qui
permettait à la foule de dire « qu'ils en avaient plein le dos ». Ils allaient de leur pas
alerte vers le faubourg Saint-Antoine. Ce vieux faubourg a été leur parrain. C'est
lui qui les a baptisés vitriers Pendant la Révolution de 1848, 11s avaient reçu l'ordre
de tirer sur le peuple. D'un seul geste, ils mirent en joue et firent feu. Mais le peuple
n'eut ni un mort ni un blessé. En revanche, les carreaux des étages supérieurs
lurent criblés de balles. « Bravo! cria-t-on. Ils n'en veulent qu'aux vitres. Vivent
les vitriers ! » Aujourd hui, le vieux faubourg crie : « Vivent les vitriers ! Ils n'en
veulent qu'aux Boches et affranchissent les peuples. »
Derrière eux. défilaient noblement leurs mulets bien bâtés, compagnons aux
oreilles interrogatives, aux pieds délicats et sûrs, aux longs yeux songeurs. « Ah I
les bonnes bêtes », disait la foule qui a le sens des nuances.
« Bravo le 22 1 Bravo le 37 ! Bravo le 6-7 ! Bravo le 6-9 ! Bravo le 1 1-4! Bravo
le 170 ! Bravo le 201 ! Bravo le 2o5 ! Bravo le 224 1 Bravo le 267! Bravo le i5-2 : il
défile avec la fourragère qu'il vient de recevoir I ».
Le 152e a une unité ardente, une âme, une volonté, une doctrine. « Premièrement,
attaquer. Secondement, attaquer. Troisièmement attaquer. L'Allemand ne cède que si l'on saute sur lui. Rien de plus court et par conséquent de moins
coûteux ».
Cette doctrine, il la tient de Foch. Devant Nancy, ce régiment était composé
presque exclusivement de Vosgiens. Peu à peu y entrèrent des hommes venus de
presque tout le reste de la France. De grands vides s'étaient creusés dans ses rangs :
en décembre 1 9 1 5 , au feu du Hartmannswillerkopf; en août, septembre et
octobre 19 16, au feu de la Somme.
— C'est son 3 e bataillon, sous les ordres du commandant Lacroix, qui a enlevé
la Caverne du Dragon en faisant 33o prisonniers.
— Comment s'appelle son colonel ? — Il s'est appelé successivement de Colligny, de Poumayrac, Jacquemot,
Semaire. Il s'appelle maintenant Barrard. Le voilà qui passe à cheval, à la tête de
la 6e compagnie. Derrière lui, ses trois commandants . Lacroix, Toussaint, Thierry.
Des officiers que comptait le i52e au début de la guerre, un seul reste, le capitaine
Jenoudet, spécialiste de la mitrailleuse. Vive le 1 5-2, ,1e régiment du diable, Teufels
Régiment, comme disent les Boches.
Le général Foch, le général Pershing, le maréchal Joffre, saluaient de l'épée.
Le salut de l'épée, levée vers le ciel pour attester le ciel de sa loyauté, puis abaissée
largement vers la terre pour en prendre possession au nom de la France, c'est
une belle chose. Le salut du drapeau qui s'incline un instant, c'est une chose sublime.
Dragons, chasseurs à pied, cuirassiers défilaient ensuite, tous coiffés du casque
bleu des fantassins Ainsi se confondaient-ils, dans le torrent sacré de la guerre
du Droit !
« Ah! les beaux soldats, les beaux chevaux, les belles armes! Carabine,
revolver et sabre : tout cela au même homme. Il a de quoi faire ! •
De temps en temps, un nom lancé d'une voix retentissante traverse l'air.
C'est un ouvrier qui salue un soldat, un père qui salue un fils. Pas de réponse,
sinon dans le cœur qui palpite et dans les yeux qui brillent.
Jamais la foule n'avait plus profondément fraternisé avec l'armée Entre l'armée
et la nation, jamais il n'y avait eu communion plus intime. Ainsi s'évanouissaient
les mauvais bruits de démoralisation que l'Allemagne propageait pour ralentir
l'effort américain. Les gens qui prêchaient une paix infâme n'appartenaient en rien
à la France.
« Le 14 juillet qui suivra la Victoire ne pourra pas être plus beau que celui-ci. »
Voilà le cri qui sortait de tous les cœurs. Et, dans toutes les âmes, se gravait une
certitude.
« Mes boys en seront! a disait avec fierté le général Pershing, en félicitant le
Président de la République et le Chef d'état-major général.
 

Dimanche 15 juillet

BONVALLET Joseph Jean Baptiste, Soldat - 324e R.I. 
 
Actions d'artillerie assez violentes dans les régions au sud de Saint-Quentin et au sud de Filain, particulièrement vers la Royère. Canonnade en Argonne et sur les deux rives de la Meuse.
1600 obus ont été lancés par les Allemands sur Reims.
En Macédoine, les Germano-Bulgares ont tenté un raid sur les positions britanniques, à l'est du lac Doiran.
Sur le front russe, dans le secteur de Vladimir-Volynski, au sud-ouest de Keselin, l'ennemi, après une préparation d'artillerie, ayant attaqué nos positions, a été chassé avec des pertes sanglantes des tranchées qu'il avait réussi à occuper. Dans le secteur de Lomnica, lutte violente. Les avant-gardes russes ayant franchi la rivière, se sont emparées des hauteurs sur la ligne Dniester- Puchakovic- Bludiki. Au nord-ouest de Podgoriki, l'ennemi a été finalement chassé de ses positions et 4 canons lui ont été pris. 10 officiers et 850 soldats lui ont été capturés.
Sur le front italien, des détachements autrichiens ont été dispersés dans la vallée du Terragnolo. Nos alliés ont enlevé un poste dans le Haut-Cordevole.
Lundi 16 Juillet
Les Allemands ont prononcé une attaque sur nos positions au sud de Courcy. Après un vif combat, nous avons repris à l'ennemi quelques éléments de tranchées où il avait pris pied, à l'exception d'un petit poste qui est resté entre ses mains.
Vive activité des deux artilleries en de nombreux points du front. A la cote 304 et dans les régions du Mont-Haut, du Casque et du Téton, le bombardement a atteint une grande violence.
Reims a reçu 2000 obus. Il y a eu 2 blessés.
L'artillerie allemande a violemment bombardé les tranchées belges et les voies de communication dans la région de Hetsas. Des avions ennemis ont jeté des bombes sur Furnes.
Sur le front de Macédoine, des patrouilles bulgares ont été repoussées dans la région de la Strouma. Activité moyenne d'artillerie dans la région du Vardar.
L'ennemi a lancé deux attaques pour déloger nos alliés de la région de Kalusz. Il a été repoussé.
Les Russes out occupé un nouveau village dans le même secteur.
Un détachement d'alpins italiens a surpris et enlevé un poste ennemi dans le val Camonica. Canonnade entre les vallées de l'Adige et de l'Astico.
 

Mardi 17 juillet 

A la faveur d'un feu roulant qui a duré plusienrs heures, les Allemands ont prononcé une puissante attaque sur le saillant de notre ligne à l'ouest de Cerny. Un combat s'est engagé avec violence et s'est prolongé avec des alternatives d'avance et de recul. Malgré les gros effectifs qu'ils avaient mis en œuvre, les assaillants ont été finalement rejetés de la tranchée de soutien où ils avaient pénétré et n'ont pu conserver que des éléments de première ligne sur un front de 500 mètres environ.
Vive activité d'artillerie dans le secteur de Craonne.
En Champagne, après une sérieuse préparation d'artillerie, nos troupes ont attaqué les positions allemandes en deux points du front.
Conduite avec une vigueur exceptionnelle, l'attaque a réussi à atteindre tous ses objectifs. Au nord du Mont-Haut et sur les pentes nord-est du Téton, nos soldats ont enlevé, sur une largeur de 800 mètres et une profondeur de 300, les réseaux de tranchées puissament organisés de l'ennemi. Les contre-attaques allemandes ont été brisées avec de lourdes pertes pour nos adversaires. Nous avons capturé 360 officiers et soldats.
Les Anglais ont repoussé une tentative ennemi au sud de Lombaertzyde. A l'est d'Hargicourt, à l'ouest de Warneton, à l'ouest de Oosttaverne et au nord d'Ypres, les patrouilles ennemies ont subi des échecs.
Les Russes ont brisé des entreprises allemandes au nord-ouest de Kalusz. Ils ont capturé de ce côté 16 officiers et 600 hommes. Dans le secteur de Lodziany, ils ont chassé les Autrichiens de leurs positions et fait 1000 prisonniers.

Mercredi 18 juillet

Entre Somme et Aisne, l'ennemi a prononcé une série de forts coups de main, précédés de bombardements. Trois tentatives, au sud-est de Saint-Quentin et à l'ouest d'Allemant, ont échoué sous nos feux.
Au sud de Corbeny, plusieurs détachements ont attaqué nos petits postes : ils ont été refoulés.
En Champagne, après un violent bombardement du Mont-Haut et du Téton, les Allemands ont lancé des forces importantes à l'assaut des positions que nous avions conquises la semaine écoulée. Nos troupes ont résisté avec une ténacité indomptable à un ennemi très supérieur en nombre.
Au Téton, les Allemands n'ont pu entamer nos lignes. Au Mont-Haut, le combat très acharné s'est terminé pour eux par un sanglant échec. Leurs vagues d'assaut successives ont été détruites.
Reims a de nouveau reçu 1600 obus.
Canonnade sur le front anglais vers Armentières, Wytschaete et Nieuport. Nos alliés ont bombardé quatre gares importantes et un grand camp de repos à l'intérieur des lignes allemandes.
Les Italiens ont détruit les positions autrichiennes dans le secteur du Vallone. Ils ont capturé 11 officiers et 264 soldats.
Les Russes ont fait 916 prisonniers nouveaux, portant le total depuis le 1er à 36500.

Jeudi 19 juillet

Activité des deux artilleries dans la région de Cerny-Ailles et sur le plateau de Californie.
En Champagne, l'ennemi a renouvelé ses attaques au nord du mont Téton et a repris pied sur certains points dans les éléments de tranchées que nous lui avons enlevés le 14.
Violente lutte d'artillerie dans le secteur du mont Haut, où nous organisons le terrain conquis.
Sur la rive gauche de la Meuse, nous avons exécuté avec plein succès une opération à la cote 304. Après une forte préparation d' artillerie, nos troupes se sont portées à l'attaque avec une vigueur irrésistible. Malgré une défense énergique de l'ennemi, nous avons repris en quelques minutes les tranchées qu'il occupait depuis le 29 juin. Nous avons ensuite enlevé de haute lutte les positions allemandes situées au delà. Sur un front de 2500 mètres, la première ligne allemande est tombée tout entière entre nos mains. Notre avance en profondeur atteint un kilomètre. Nous avons infligé à l'ennemi de lourdes pertes, capturé 8 officiers et 417 soldats.
Les Russes ont ramené leurs lignes sur la rive droite de la Lomnitza et évacué Kalusz. Un violent combat s'est déroulé autour du village de Novitsa. Sur le front roumain, une colonne d'éclaireurs russes a pris le village de Donnaiwetz et capturé deux compagnies.
Les Italiens ont fait sauter un large four de mine au Colbricon. Une centaine d'Autrichiens y ont péri.
Canonnade en Macédoine, sur le vardar et autour de Monastir.

Vendredi 20 juillet

La lutte d'artillerie est devenue violente dans la région à l'ouest et à l'est de Cerny.
Nous avons repoussé un coup de main sur nos petits postes au nord de Vienne-le-Château, lisières ouest de l'Argonne, et fait un certain nombre de prisonniers.
Sur la rive gauche de la Meuse, après de violents bombardements, les Allemands ont, à plusieurs reprises, lancé des contre-attaques sur les positions que nous avions enlevées depuis le bois d'Avocourt jusqu'aux pentes ouest de la cote 304. Tous leurs efforts se sont brisés contre la résistance énergique de nos troupes, qui leur ont infligé de sanglantes pertes, sans céder la moindre parcelle du terrain conquis.
Un coup de main ennemi vers la tranchée de Calonne n'a donné aucun résultat.
Les Anglais, par une opération de détail exécutée à l'est de Mouchy-le-Preux, ont amélioré leur position et fait un certain nombre de prisonniers.
Leurs aviateurs ont fait de l'excellent travail en liaison avec l'artillerie. Ils ont jeté des bombes sur divers points d'importance militaire. Ils ont abattu six appareils allemands.
Les Italiens, ont repoussé des tentatives autrichiennes vers Buchenstein, le Monte Piana, le Passo di Monte, la Croce di Comelico, etc. Ils ont abattu deux avions.
Les Russes ont subi une violente attaque allemande au sud de Kalusz, près du village du Novitza. L'ennemi a été rejeté d'une hauteur qu'il avait d'abord réussi à occuper.
 
 



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