Roybon — Les maréchaux et les forgerons réservistes ont reçu leur ordre d'appel le 1er août, à 9 heures du matin. Il se forme dans les rues des groupes d'hommes silencieux.

La dépêche arrive à 4 h. 45 du soir. Les femmes pleurent ; les hommes sont angoissés, mais pleins de résolution et d'espoir, et prodiguent les paroles d'encouragement : « Mobilisation ne veut pas dire la guerre », déclarent-ils. A la porte de la mairie, il se forme un gros rassemblement devant les affiches. On dit : « Puisqu'il faut partir, on partira.»
Propos recueillis par M. Prudhomme, instituteur.


 
Viriville — Les affiches de mobilisation furent apportées par les gendarmes à 5 heures du soir. Le tocsin et le tambour prévinrent les habitants. Ce fut d'abord un sentiment de stupeur.
On ne croyait pas encore à la guerre. Le grand départ eut lieu le lundi 3 août. Presque tous les hommes partirent sans verser une larme, avec une belle résolution virile. Point de retardataires et d'insoumis à signaler. La mobilisation s'effectua avec le plus grand ordre et au milieu de chants patriotiques.
Propos recueillis par M. Rozier, instituteur.
 
Beaufort. — L'ordre de mobilisation arrive à 5 heures- du soir. Petits rassemblements devant les affiches ; émotion des anciens et des femmes ; visage grave des hommes. « Ce n'est pas trop tôt », dit un réserviste. Partout le calme, la conscience de la gravité de l'heure, mais aucune récrimination.
 
Propos Sans nom d'auteur. On ajoute les renseignements suivants : à la fin de l'année 1914, sur les 442 habitants, ont été mobilisés : 12 soldats de l'armée active (11 en bonne santé, 1 blessé et guéri) ; 35 de la réserve de l'active, tous sur le front (dont 3 tués, 2 disparus, 7 blessés et guéris, 1 mort de la fièvre
typhoïde, 1 malade de la fièvre typhoïde) ; 36 de la territoriale, dans les dépôts ou sur le front (tous en bonne santé).
 
Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs — Les habitants du bourg, qui en général lisent les journaux, comprennent que la situation s'aggrave tous les jours. Ceux des hameaux, occupés à leurs travaux agricoles, ne se doutent de rien. Le 1" août, la dépêche annonçant la mobilisation générale est publiée. Au bruit du tambour et au son du tocsin, une grande animation se produit dans les rues. La gendarmerie remet contre reçu 13 affiches à la mairie; le maire et le secrétaire se préoccupent de les faire placarder immédiatement.
La colle est fabriquée à la hâte par le boulanger R..., Dans lès hameaux, on envoie des jeunes gens à bicyclette. M. B. .., rentier, offre son automobile. A 5 heures, l'affichage est terminé.
En même temps, la gendarmerie requiert des automobiles pour porter rapidement les affiches dans les autres communes du canton.
Un notaire, un fabricant de soieries, un médecin, un autre habitant, se divisent le travail. L'affichage ne sera pas retardé. Chacun comprend la gravité de la situation. La nouvelle de la mobilisation générale a 'été accueillie avec calme et sang-froid. Jusqu'à une heure avancée les rues restent animées : les habitants des hameaux viennent aux renseignements.
Propos recueillis par M. Guyonnet, instituteur.
 
Saint-Siméon-de-Bressieux — L'annonce de la mobilisation n'a pas été une surprise. Depuis le commencement de l'alerte, la population était informée, de jour en jour, par les dépêches qui arrivaient à l'usine Girodon (Moulinage et Tissage de Soie). Dès le vendredi, ces dépêches faisaient prévoir la guerre. Lorsque le tocsin et le clairon ont annoncé l'ordre de la mobilisation générale, la foule s'est rendue sur la place pour lire les affiches. Beaucoup de femmes pleuraient. Les hommes étaient pleins d'indignation et de colère contre l'Allemagne.
Quelques vieux ayant pris part à la guerre de 1870 rappelaient leurs souvenirs et exprimaient leur haine et leur rancune. Mais tous avaient du courage et ne doutaient pas du succès de la France. Ils pensaient même que la guerre serait courte.
Propos recueillis par M. Emery, instituteur.
 
Saint-Michel-de-Saint-Geoire. — Depuis quelques instants nous étions sortis de classe, quand le bruit se répand que le maire venait de recevoir l'avis de mobilisation générale. Le tocsin sonne.
Les habitants sortent en courant de leurs maisons. Ceux qui étaient aux champs se dépêchent de rentrer. Chacun se dirige vers la mairie. La phrase que l'on entend le plus souvent est celle-ci : « Les
Allemands nous .attaquent,- mais nous allons prendre la revanche de 70 »
Propos recueillis par Mlle Idelon, institutrice.
 
Plan. — Surpris en pleins travaux de moisson par l'ordre de mobilisation générale, à 16 heures et demie, les habitants, qui presque tous travaillaient dans leurs champs, se sont un instant affolés ; mais tout s'est ensuite passé bien régulièrement. Les mobilisés de notre paisible localité ne sont pas partis avec l'enthousiasme de leurs camarades des grands centres, mais plutôt résignés, par devoir patriotique.
Propos recueillis par M. Lafond, instituteur.
 
Sillans. — Depuis le début de la semaine, l'extrême tension des rapports diplomatiques a fait planer l'inquiétude sur tout le village. Beaucoup veulent se persuader que le conflit est écarté.
D'autres semblent accepter la pire éventualité, de gaieté de cœur. Quelques dépêches concernant les réquisitions de chevaux, les premiers appels de la nuit du vendredi 31 juillet, dissipent toute illusion. La population entière est haletante. La veillée se prolonge, fébrile, dans cette nuit tiède d'été. Le samedi matin, nouvelles de plus en plus alarmantes ; les appels se multiplient. On sent l'imminence du péril. L'ordre de mobilisation générale, parvenu par dépêche un peu avant 5 heures, fait se dresser tout le village. Les ateliers se vident, les cultivateurs se hâtent de revenir des champs. Partout des groupes devant les affiches, mais peu de commentaires : on est atterré. Les mobilisables s'inquiètent du jour de leur départ. En ce grave moment, plus de socialistes, plus d'antimilitaristes.
Propos recueillis par Mme Martin, institutrice.
 
La Frette — L'ordre de mobilisation générale fut publié au son du tambour, vers 5 heures du soir. Il causa, sur le moment, une profonde stupéfaction. Puis ce furent les exclamations des appelés, les cris des femmes : « C'est la guerre ! On va y aller ! — Que va-t-il arriver ? Nos hommes vont partir ! » Toute la soirée fut extraordinairement animée. Dans les cafés, les hommes entonnèrent des chants patriotiques.
Propos recueillis par M. Mouchet, instituteur.
Dans le même canton, à Brezin, Saint-Geoirs, Sardieu, le tocsin surprit la population occupée aux travaux des champs. A Saint-Geoirs, on crut à un incendie, car personne n'ajoutait foi aux bruits de guerre. L'instituteur de Bressieux note que les habitants, d'abord atterrés, reprirent assez vite leur sang-froid habituel.
 
Rives — Le 1er août, les bruits les plus contradictoires circulent. Un personnage politique affirme qu'il n'y aura pas de guerre, que derrière toute cette agitation se dissimule une manœuvre financière.
[Lorsque la mobilisation est annoncée officiellement], personne ne récrimine. On sent chez tous un calme résolu. La phrase qui revient toujours est celle-ci : « Il fallait que ça finît ; ça dure depuis trop longtemps. On ira carrément ! »
La mobilisation s'est effectuée avec la plus grande régularité.
Tous les réservistes et territoriaux, sans exception, ont rejoint leurs régiments respectifs. Sept insoumis et un déserteur, profitant de la loi d'amnistie, se sont présentés volontairement à la gendarmerie de Rives et accomplissent actuellement leur devoir militaire.
Propos sans auteur
 
Saint-Blaise-du-Buis. — Au moment de l'affichage de la mobilisation générale, le 1er août, un membre de l'Action libérale a exprimé en public, près de la mairie, l'opinion que la guerre était nécessaire. Comme il fallait s'y attendre, les personnes présentes ont protesté.
La mobilisation s'est faite régulièrement, et chacun, bravement, s'est conformé à son ordre d'appel. Il n'y a pas eu de réfractaire.
Propos recueillis par M. Buénerd, instituteur.
 
Saint-Cassien — Le samedi 1er août 1914 sera une date mémorable pour notre petite commune. Les bruits avant-coureurs de graves événements n'avaient pas ému cette paisible population rurale, et des groupes de travailleurs se hâtaient comme d'habitude à la moisson ou près des vignes.
A 4 heures et demie, une automobile arrive en trombe devant la mairie. Deux gendarmes en sortent. Ils ont l'ordre de mobilisation et les plis cachetés qu'il faut de suite ouvrir. La cloche sonne le tocsin, le tambour résonne. Un immense frisson secoue la campagne.
La nouvelle vole de bouche en bouche. Des groupes se forment, silencieux. Sur les routes, les jeunes gens dévalent à bicyclette, vers Voiron, pour avoir les nouvelles.
Dans un unanime élan, les petites querelles oubliées, les divergences d'opinion mises de côté, tous fraternisent. On cause : « Mobilisation n'est pas déclaration de guerre. Tout peut s'arranger.
— S'il faut faire la guerre, nos enfants, au moins, ne la feront plus»
Propos recueillis par M. Dufeu, instituteur.
 
Renage — Dans la tristesse poignante de cette heure tragique, le spectacle qu'offre le pays est un réconfort pour tous : l'union de tous les Français se fait dès le premier jour. La mobilisation s'accomplit dans un ordre admirable. Un seul mobilisable de la commune ne peut rejoindre son corps et pour cause : il s'est cassé la jambe il y a quinze jours.
Les instituteurs non mobilisables sont présents à leur poste et donnent leur concours empressé, aux autorités civiles et militaires
Propos recueillis par M. Revol, instituteur. — Les impressions des instituteurs de Beaucroissant, Charnècles, Izeaux, Saint-Jean-de-Moirans, dans le même canton, sont analogues. A Charnècles, dit l'institutrice, il est à remarquer que les mères de famille furent les plus courageuses. A lzeaux, on entend constamment cette phrase : « Eh bien! Puisqu’il faut aller, on ira! »
 
Saint-Paul-d'Izeaux — Depuis quelques jours, on écoutait fiévreusement les appels téléphoniques, on attendait avec impatience l'arrivée des journaux. A 4 heures du soir, les gendarmes arrivent, porteurs des affiches de mobilisation, qu'on placarde dans les hameaux. Le tocsin sonne ; autant que la sinistre nouvelle, il contribue à ébranler les nerfs. La place publique s'emplit. Le sentiment d'une catastrophe sans précédent étreint les cœurs. Les femmes pleurent : « Qu'allons-nous devenir ? » Les hommes arrêtent net leurs lamentations pour garder intact leur courage. La première émotion passée, quel bel élan de générosité ! Les femmes, qui se sont déjà ressaisies, rassurent les hommes : « Ne t'inquiète pas, nous ferons ce que nous pourrons. » Chacun veut être courageux et y arrive.
Je note quelques sentiments assez généraux. D'abord un sentiment que j'appellerai celui de la revanche : haine des Allemands, -haine des vainqueurs de 1870, haine du peuple orgueilleux qui tint depuis longtemps la guerre suspendue sur la France comme une épée de Damoclès. Il faut en finir. « S'il faut y aller, on ira, ils nous querellent depuis assez longtemps. » Chacun croit à la victoire.
La guerre est un grand malheur, mais : « Nous sommes prêts ; nous avons pour nous aider la puissante Russie : on les corrigera comme ils le méritent... » Au fond, on ignore la force des ennemis. On croit à une guerre très rapide : « Dans deux mois, pour les semailles ! » est le cri d'adieu.
Propos recueillis par M. Rebeu. Instituteur. — M. Rebeu insiste sur l'authenticité des mots placés entre guillemets.
 
Vatilieu. — 1er août. Deux autos viennent de stopper sur la place de l'Eglise ; deux gendarmes en descendent précipitamment en criant : « Ordre de mobilisation générale ! Qu'on avertisse le sonneur et le garde !» — « La guerre ! La guerre ! s'écrient plusieurs personnes terrifiées. La guerre pour de bon !» — « Pas encore tout à fait ! »
Déjà la petite cloche du village égrène les notes d'alarme qui font dans l'air, avec celles des cloches lointaines et le roulement du tambour, un effet discordant et lugubre. Il semble que tout à coup se trouve ressuscité le tocsin des vieux temps féodaux, qui lançait si souvent le signal de guerre au milieu des campagnes ! Comme jadis, en effet, on voit accourir — non plus vers le château fort, mais vers la maison commune ' — nombre de paysans. Les uns sont haletants, les autres muets d'émotion. Surpris en pleine moisson, certains tiennent encore leur faucille à la main. « Ça y est ! » disent les hommes. « Qu'allons-nous devenir ? » crient les femmes.
Une angoisse profonde étreint maris, femmes, enfants. Les épouses désolées s'accrochent aux bras de leurs « hommes ». Les enfants sanglotent en voyant pleurer leurs mères. Après le départ des gendarmes, un peu d'accalmie cependant. Rien ne sert de se désoler.
On se rend au café, où un grand élan de camaraderie règne.
On se concerte, l'heure du départ ayant sonné déjà pour quelques uns. « S'il faut y' aller, on ira ! » crie-t-on au milieu d'éclats de joie et de colère, tant il est vrai que le Français ne peut longtemps rester triste. « On luttera, oui ! Contre l'agresseur qui veut ravir notre calme et la richesse de nos campagnes ! » (Propos entendus.)
Le lendemain, de grand matin, quelques mobilisés partent déjà, avec la fermeté et la joie de la veille. Pendant les quinze jours que comprend la mobilisation, les appelés partent chaque matin avec le même entrain et la même ardeur de combattre et de vaincre. Il y a bien en eux la flamme patriotique française.
Propos recueillis par M. Aymoz, instituteur. — A Tullins, La Forteresse, La Rivière (même canton), les instituteurs notent que le 1er août on continue a espérer la paix. A La Forteresse, « on doute que l'Allemagne ose affronter la guerre », mais s'il faut « se débarrasser de l'Allemagne », on ira.
 
Vinay  — Dans le courant de la semaine, des maréchaux et des bourreliers ont été appelés à leur dépôt. Le 1er août, depuis le matin, nous savons qu'en gare sont arrivées des caisses' d'armes et d'effets d'équipement militaire pour les gardes-voie. Est-ce la guerre ? La Grand'rue est pleine d'allants et venants ; on s'interroge ; on attend.
[A 4 heures et demie, le maire annonce que la mobilisation générale est ordonnée.] On se regarde, ému, oppressé, presque effaré. Bientôt après, le tambour de ville bat « la générale » et donne péniblement lecture du décret de mobilisation. Le tocsin sonne. Toute la population est dans la rue ou sur sa porte. Des femmes pleurent. Le soir, on ne peut se résoudre à se coucher. La guerre ! Est-il possible que la guerre puisse avoir lieu !
Propos recueillis par M. Payant, instituteur.
 
Cognin — Le sentiment unanime qui accueillait l'annonce des relations tendues entre la France et l'Allemagne, était qu'une guerre européenne ne pouvait éclater. « Ce serait une telle boucherie, disait-on, qu'aucune nation ne voudra assumer la responsabilité de l'avoir provoquée. » Aussi la nouvelle que la mobilisation était décrétée a causé comme de la stupeur dans la commune.
Les premiers mobilisés ont tous dit au revoir à leur famille en exprimant leur certitude qu'ils seront bientôt de retour. « La guerre européenne ne peut pas éclater ! » Cette phrase rabâchée depuis plusieurs jours tranquillise tout le monde. Cognin ne perdra de son calme que le lendemain.
Propos recueillis par Mlle Reynaud, institutrice.
 
Malleval — Dans ce petit village, l'ordre de mobilisation a été une profonde surprise. A ce -moment, la fenaison se poursuit avec activité. Les journaux ne sont pas lus, faute de temps. Le 31 juillet cependant, l'ordre de tenir les chevaux prêts pour la réquisition commence à émouvoir l'opinion ; mais personne ne croit à l'imminence de la guerre. Aussi les cloches annonçant la mobilisation causent-elles une sorte d'effarement chez tout le monde.
Chacun- cesse le travail, atterré. Aucune manifestation bruyante dans le village : ni enthousiasme, ni récrimination ; plutôt un profond étonnement.
Propos recueillis par Mlle Fangeat, institutrice.
 
 
Varacieux — Dans la journée du 1er août, la population a été rendue tout à coup anxieuse par certaines rumeurs de guerre apportées du dehors. Mais elle n'envisageait nullement une mobilisation générale. La journée était lourde, mais chacun vaquait à ses occupations.
A l'école, les enfants étaient songeurs ; ils avaient entendu parler de guerre. Pendant la dernière demi-heure de classe, le maître ne put contenir ses appréhensions et en fit part à ses élèves. Ceux-ci ne furent pas surpris, mais vivement impressionnés. Ils se retirèrent sans bruit et à la hâte.
A 4 heures et demie, grand émoi : deux gendarmes arrivent, en auto, apporté les affiches de la mobilisation générale. Cette nouvelle fait le tour du village en un clin d'œil. Immédiatement tous les travaux cessent : hommes, femmes et enfants remplissent les rues, et de tous côtés on entend des lamentations.
Le conseiller municipal délégué désigne six personnes présentes pour aller publier la mobilisation et apposer des affiches dans les hameaux et leur dit : « Allez faire de la colle, munissez-vous d'un clairon, d'une trompe ou d'un tambour. » A 5 heures et demie, les afficheurs reçoivent à la mairie un paquet, écoutent les instructions et partent à la hâte. On peut affirmer qu'avant 10 heures du soir tous les habitants de la commune étaient informés de l'ordre de mobilisation générale.
Pas un seul homme de la commune n'a manqué à son ordre d'appel, c'est un honneur pour notre localité. Il y a même plusieurs citoyens de la classe 1886 qui, ignorant la limite d'âge du service, actuel, se sont rendus au poste fixé par leur livret : deux d'entre eux ont fait ainsi 30 kilomètres à pied pour s'assurer de leur situation au point de vue militaire.
Propos recueillis par M. Pellerey, instituteur. — Dans la commune de L'Albenc, même canton, ce sont également des afficheurs bénévoles qui sont allés dans les hameaux. Ils n'ont fini leur travail que dans la soirée.
 
 
Murinais — Les enfants étaient sortis de l'école depuis une demi-heure à peine, et sur le bord de la route nous ressassions nos projets de vacances, quand une automobile arrive à toute vitesse.
Deux gendarmes en descendent. Le maire accourt, suivi du garde et du sonneur...
Au roulement du tambour, de toutes parts des gens accourent et se groupent sur la place devant l'affiche. De leurs coteaux, les cultivateurs, abandonnant leurs travaux, arrivent au pas de course
et se joignent au groupe déjà formé. Pas un cri, pas une plainte.
Sérénité et courage se lisent sur les visages. Tous ont espoir que la guerre sera évitée.
Pendant ce temps, l'automobile est partie vers Chevrières, puis Saint-Apollinard, et, quelques minutes après, de lointains tocsins se mêlaient au nôtre.
Propos recueillis par Mme Thomas-Guéraud, institutrice.
 
Chatte — La mobilisation s'est effectuée dans le plus grand calme. Personne n'est triste. On n'entend aucune protestation. Au contraire, tous sont très montés contre l'Allemagne. « Il faut que cela finisse, il y a assez longtemps que cela balance », telles sont les phrases que répètent toutes les bouches. Les femmes, au contraire, sont très affectées ; presque toutes pleurent.
Propos recueillis par Marius Chevillon, instituteur.
 
Pont-en-Royans —1er août, 2 heures après-midi. Les territoriaux s'acheminent vers la voie ferrée qu'ils ont mission de garder. Ce départ s'effectue dans le plus grand calme. La population s'attend à de graves événements ; cependant, à aucun moment elle ne se départit de son calme habituel.
A 4 heures et demie, arrivée du télégramme officiel annonçant la mobilisation générale... Toute la soirée les conversations furent très animées. Les jeunes gens, très enthousiastes, se voyaient déjà au combat, et c'est aux accents du Chant du Départ et de la Marseillaise que s'effectua le premier départ des mobilisés, le 2 août, à 4 heures du matin.
Propos recueillis par Les institutrices de Pont-en-Royans
 
Beauvoir-en-Royans — Dès que les affiches de mobilisation ont été apposées dans la commune, la population est entrée dans une grande effervescence. Tous les gens sortent de leurs maisons, se réunissent par groupes et s'interpellent. Les mobilisables consultent le fascicule de leur livret militaire. [La mobilisation, au moins celle des jeunes classes, se fait avec entrain.] On entend un réservistequi manifeste le désir de manger une salade de Prussiens.
Propos recueillis par M. Chevillon, instituteur.
Récits analogues pour Châtelus et Saint-Romans, même canton.
 
Prélenfrey — Depuis quelques jours, la population attend avec anxiété le dénouement du conflit austro-serbe. On se réunit pour discuter sur le rôle que la France y tiendra. Chacun désirerait la paix. 1er août. Vers 5 heures du soir, on reçoit l'ordre de mobilisation.
On fait sonner le tocsin pour rassembler la population, qui est occupée aux travaux des champs. Tout le monde vient en hâte. Les hommes se montrent graves, mais résolus, car ils savent bien que la France a tout fait pour éviter la guerre.
Le 5 août, vers 8 heures du matin, on apprend la déclaration de guerre ; on n'a pas pu en prévenir la veille notre petite section.
Chacun vient aux nouvelles : des femmes surtout, car presque tous les hommes ont déjà rejoint leur corps. Elles pensent à ceux qui sont partis, mais elles se montrent fortes.
Propos recueillis par Mlle Miguet, institutrice.
 
Monteynard — 1" août. [A 3 heures et demie du matin, le garde forestier a reçu l'ordre de se rendre à la gare de Vif.] De suite prêt, il s'achemine, vers 5 heures, fusil à l'épaule et sac au dos. Les personnes qui le voient passer se disent : « C'est peut-être la guerre ? » Pourtant, comme à l'ordinaire, chacun vaque bientôt à ses occupations. Deux hommes reçoivent, à 6 heures, un ordre d'appel individuel. Us partent de suite. Grand émoi dans le village.
On apprend que dans les communes voisines certains réservistes ont été appelés de même. On se groupe dans les cafés ; les commentaires vont leur train : on ne doute plus que l'ordre de mobilisation ne soit prochain. La mobilisation sera-t-elle générale ou partielle ?
S'agit-il seulement de mesures de précautions ? On est généralement optimiste.
Le télégramme annonçant la mobilisation générale arrive à 16 h20. Je le copie et l'affiche à la porte de la mairie. Bientôt la mairie est envahie par une foule d'hommes de 23 à 48 ans. « Est-ce pour toutes les classes ? » demandent quelques-uns. — « Oui, pour toutes celles comprises au tableau de répartition affiché. » On n'entend aucune plainte. Les gendarmes, deux heures plus tard, venus en automobile, apportent les affiches. Vers 20 heures, pas un mobilisable dans la commune qui ne soit fixé sur son devoir. Après un coup d'œil sur le fascicule de leur livret militaire, presque tous nos mobilisables se rendent au local du cercle. On vide quelques bouteilles. Pas de bruit, pas de chansons : l'heure est aux réflexions. On cause, on discute sur le sens de la mobilisation.
Il apparaît bien, à les entendre, que très peu croient que la mobilisation soit la guerre. Les choses s'arrangeront : voilà l'opinion presque unanime.
3 août. Un groupe d'une quinzaine de réservistes est parti ce matin. Il y avait là des hommes mariés autant que des célibataires.
Ils n'étaient ni joyeux, ni tristes. C'est maintenant le doute qui domine. L'un d'eux entonne le refrain du Chant du Départ. Et je vois, sur le seuil des portes, quelques personnes qui ne retiennent plus leurs larmes.
Propos recueillis par M. Sauze, instituteur.
 
Notre-Dame-de-Commiers — La nuit du 1er au 2 août se passe en préparatifs, conciliabules, adieux. Personne ne peut dormir.
Le lendemain et les jours suivants, à chaque passage de train qui s'arrête à notre petite station de chemin de fer, c'est un vrai pèlerinage de la population, pour accompagner les partants. Baffert
(Eugène), en embrassant au départ son ancien instituteur, lui dit : « J'espère bien ne revenir que lorsque l'Alsace et la Lorraine auront été rendues françaises. » Un autre : « Il nous faut vaincre ou mourir»
Propos recueillis par M. Barbe, instituteur. — Pour le Trièves, on peut se reporter au récit de M. Marius Beaup, instituteur de Lalley, publié clans le journal Le Dauphiné, numéro du 11 octobre 1914.
 
Vizille — La population de la ville est surtout ouvrière.
Lorsque parvint la nouvelle de l'assassinat de Jaurès, on craignit une certaine effervescence. Des ouvriers se réunirent le soir sur la place, devant le Château. Ils parlèrent quelques instants à voix basse, puis se dispersèrent silencieusement. L'ordre ne fut pas troublé. Au moment du départ des réservistes, l'exaltation fut très grande.
Les antimilitaristes de la veille montrèrent un entrain farouche.
Comme l'un d'eux embrassait une dernière fois sa femme, celle-ci le regarda dans les yeux et lui dit :
« Jure-moi que tu ne tueras point les femmes et les enfants»
Propos recueillis auprès d’un témoin anonyme en aout 1915
 
Séchilienne — La mobilisation s'est effectuée avec un ordre et une exactitude admirables. C'est réconfortant de voir partir ces réservistes, mariés ou célibataires. L'esprit public est excellent. Pas de défaillance. Personne ne récrimine. Au hameau des Thiébauds, un pauvre estropié môme n'hésite pas à se rendre à la caserne.
Propos recueillis par Mlle Miguet, institutrice aux Thiébauds de Séchilienne.
 
Livet-et-Gavet — Dès l'appel du tambour qui a annoncé l'ordre de mobilisation générale dans la commune, les hommes ont quitté l'usine ou le chantier, pour rentrer chez eux. Les femmes, tout d'abord, ne peuvent retenir leurs larmes, mais bien vite elles reprennent courage et préparent les effets du mari ou du fils qui doit rejoindre son corps. Tous savent que la France veut éviter la guerre, mais il faut que les Français se préparent à défendre les frontières. Les soldats partent avec enthousiasme. Les trains sont bondés. On entend des chants patriotiques de toutes parts.
Dès les premiers bruits de guerre, les Italiens, nombreux dans la commune de Livet-et-Gavet, se hâtent de rejoindre leur patrie. Car les usines, les chantiers sont fermés, et seuls les étrangers qui ont des moyens d'existence sont autorisés à rester en France. Les trains ne prennent plus de voyageurs civils ; par centaines, hommes, femmes et enfants se rendent à Grenoble à pied, avec un petit paquet d'effets accroché à un bâton, et aussi un pain qu'ils ont pu réussir à avoir chez le boulanger. Cela fait pitié de voir ce défilé.
Les maisons louées se vident. Le village de Rioupéroux, si animé d'habitude avec tous ses ouvriers, prend un air triste.
Propos recueillis par Mlle Miguet, institutrice aux Clots de Livet-et-Gavet.
 
 



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