Villars de Lans pendant la guerre de 14-18

Les hommes mobilisés - Les hommes morts pour la France - Témoignages -
 
Le hameau de la Valchevrière en 1917

Ma petite école de Valchevrière est encore bien vivante dans mon souvenir. Au rez de chaussée une classe sommairement meublée, mais bien chauffée par un énorme poêle à bois, ainsi que l’appartement de deux pièces situé au ras du toit.
Au-dessus de la porte d’entrée, le mur portait une inscription que je crois voir encore : Magnat Joseph, âgé de 54 ans le 11 Août 1867 ATDT
J’ai retrouvé une partie de cette inscription dans les ruines, mais je n’ai jamais connu la signification de ATDT.

Dans l’un des murs épais de la salle de classe (une ancienne cuisine) était creusé un four à pain bien conservé, dont la fermeture métallique fonctionnait encore. J’y enfermais les trop rares fournitures scolaires.

Le 3 octobre 1917 : En cette 3ème année d’une guerre qui s’éternisait, j’ai ouvert la porte de ma classe à 12 enfants d’âge scolaire. Je me souviens de 5 familles auxquelles ils appartenaient : Arnaud, Bonnard, Gerboud,
Ravaud, Roche.

A ma grande surprise, les registres d’inscriptions conservés obligatoirement à l’école mentionnaient vers 1906…
Plus de 30 élèves. Où logeaient donc toutes ces familles dans ce petit hameau ?

En 1917, comme partout en France, l’absence des hommes mobilisés se faisait durement sentir en cette petite communauté qui ne formait qu’une grande famille. Que faire des jeunes enfants lorsque leurs mères partaient
travailler aux champs ? J’aménageai donc un coin de ma salle de classe en garderie que je meublai de paillasses de feuilles bien sèches.
Les plus âgés de mes élèves, en majorité des garçons, étaient disciplinés et appliqués, mais très retardés et soucieux de l’aide qu’ils se sentaient tenus d’apporter à la vie familiale.
Après la classe, ils devaient faucher à la faux, arracher les pommes de terre, jardiner, surveiller dans les champs ces magnifiques vaches laitières à la robe d’un beige moiré, et les retrouver au son de leurs clarines lorsqu’elles s’égaraient dans les forêts. Il fallait aussi veiller aux incursions des renards dans les poulaillers et surveiller les couvées repérées par les corbeaux.

Un très vieux facteur montait presque chaque jour à Valchevrière, à pied bien entendu…Lorsqu’il était trop fatigué pour aller jusqu’à Herbouilly apporter les nouvelles du front, je le remplaçais après ma classe.

J’ai revu cet été, pour la dernière fois sans doute, la chapelle miraculeusement épargnée en 1944. Là-haut, autour d’elle, tout est paix et silence.
VOIRON décembre 1978
Odette BERNARD, témoignage publié dans le journal de la MARPA en 2012
Valchevrière vallée de chèvres
Les pâturages du Dauphiné et plus particulièrement ceux du Vercors furent, de tout temps, favorables à l’élevage des chèvres, pratiqué dans chaque famille rurale.
Fiers à juste titre de la réputation mondiale de la ganterie grenobloise, les Dauphinois fournissaient les artisans gantiers en peaux de chevreaux d’une finesse et d’une qualité remarquables.
 
En 1918, une très vieille habitante de Valchevrière me disait que son arrière-grand-mère, qui vécut en les années 1860, avait connu de grandes difficultés pour élever clandestinement quelques chèvres, ainsi que le faisait chaque famille. En effet, à cette époque, le gouvernement s’inquiétant du déboisement de nos forêts, ordonne la destruction des chèvres, accusées de manger les bourgeons des jeunes arbres. La pauvre vieille « Vachourine » tenait donc son capricieux élevage enfermé, été comme hiver, et s’en allait faucher à la faucille pour nourrir en secret ses chèvres, dont les peaux étaient vendues clandestinement.
 
Au cours de la 1ère guerre mondiale l’élevage domestique permit aux familles résidant à Valchevrière d’échapper aux restrictions alimentaires.
Beurre savoureux, oeufs, volailles, lapins et le fameux fromage dit « de Sassenage » figuraient sur toutes les tables du hameau. Au jardinage en grand s’ajoutait la culture des pommes de terre d’une excellente qualité, des choux, haricots etc… Mais quelle difficulté pour s’approvisionner en vin et en farine, au cour des années de guerre ! Mon voisin attelait deux paires de boeufs à son char à foin et, ne pouvant rejoindre la route de Pont-en –Royans par le sentier de Goule-Noire avec pareil attelage, il faisait une première halte à Villard-de Lans.
De là, il traversait (combien lentement) Rencurel, Choranche, Pont-en-Royans pour atteindre enfin les environs de St Marcellin où il s’approvisionnait.
 
Combien lent lui paraissait le retour !

Il fallait compter 4 jours d’absence…
Je suis certaine que, durant les années 14-18, les habitants de Valchevrière n’ont eu aucune idée de ce que pouvaient-être les restrictions de toute sorte en ville. « Le front » était si lointain !
On crut cependant entendre le canon, en ce mémorable après-midi de 1918.
Descendant à Villard-de Lans, je fus surprise d’entendre des roulements de tonnerre, inexplicable en cette magnifique journée. Une fumée planait sur la vallée, au-dessus de Grenoble. Quelle émotion à Villard-de-Lans, où j’appris que le dépôt de munitions de Grenoble, appelé le fibrocol, sautait !
 
Une catastrophe fut heureusement évitée grâce à l’intervention rapide des sapeurs-pompiers, mais quelle émotion dans le quartier de Polygone !
 
Odette BERNARD, témoignage publié dans le journal de la MARPA en 2012